Qui a dit que la bière était une histoire d'homme ? De la production à la dégustation, les femmes prennent le contrôle de cette boisson stéréotypée. Elles vont à l'encontre des préjugés pour leur plus grand plaisir.
Comme le dit l'adage "Derrière chaque grand homme se cache une femme" ou plutôt "Derrière chaque grande bière se cachait des femmes".

On pense trop souvent à tord que la bière est LA boisson masculine par excellence. Peut-être à cause des caricatures du “beauf” dans les séries, les publicités télévisées ou encore de l’image que l’on donne des femmes pour vendre ses produits. 

Il est donc temps de faire le point et de voir ensemble le renouveau de la bière. L’apport de la craftbeer qui casse les stéréotypes de notre vision misogyne.

Le lien étroit entre les femmes et la bière

La culture du céréale est à l’origine de la bière. C’est il y a plus de 10 000 ans, en Mésopotamie, que la bière fut inventée. Comme toutes les bonnes choses, sa création part d’une erreur toute bête, un peu comme la tarte tatin (encore des femmes). 

A l’époque, les femmes fabriquaient le pain et cuisinaient les céréales. Puis, un jour, quelques sacs de grains furent oubliés dehors. Rincés par la pluie et l’humidité de la nuit, la germination des céréales fut déclenchée. Une fois broyés, ces grains oubliés, fermentés donnèrent une soupe de “pain liquide”. Voici les prémisses de la bière. Une boisson différente de ce que l’on connait aujourd’hui, mais qui tient ses origines du travail des femmes et d’une petite maladresse.

Cléopâtre et ses bains de bière !

Durant des siècles, la fabrication de ce pain liquide était la tâche des femmes. Elles seules connaissaient la recette de cette boisson, signifiant le renouveau, la nature.

Dans l’Antiquité, cette boisson était reconnue comme possédant des vertus en matière de fécondité D’autres vertus lui sont accordées, notamment en matière de beauté. Etant une boisson riche en vitamines, oligo-éléments et source de minéraux, elle permet de renforcer le cuir chevelu, les ongles ou encore de garder la peau douce. C’est pour cette raison que Cléopâtre prenait des bains de bière (aujourd’hui vous pouvez expérimenter les bains de bière à Prague 😉 ). 

Pendant plusieurs siècles, la bière est la boisson nourrissante par excellence et fait partie de la base de l’alimentation. Les femmes gardent le contrôle sur la fabrication jusqu’au Moyen-Age.

Les moines font main basse sur l'or blond

Au Moyen-Age, la fabrication de la bière se professionnalise. L’église prend la main sur la fabrication et écarte petit à petit les femmes dans le processus. L’homme prend le contrôle du brassage. Les femmes restent présentes mais uniquement pour faire le service et non plus la fabrication. Certaines le font encore dans leur foyer. Durant plusieurs siècles, les principaux acteurs du monde brassicole sont les églises mais également les brasseries agricoles. 

Avec la révolution industrielle, les femmes disparaissent encore un peu plus du monde brassicole. Les industriels prennent le contrôle de la fabrication. Les hommes deviennent les artisans de cette boisson qui se standardise petit à petit. Le nombre de brasserie diminue jusque dans les années 70 où il ne reste plus qu’une quarantaine de brasseries artisanales.

La place de la femme selon les industriels

Avec la révolution industrielle arrive le développement de la publicité. Il faut promouvoir son produit pour le vendre. La femme ayant perdu son statut de brasseuse se retrouve reléguée au statut de femme objet.

La femme : un objet qui fait vendre

C’est bien connu des publicitaires, lorsque l’on veut vendre un produit à un public masculin, il faut sortir les gros moyens. Au revoir la femme artisane et bonjour à la Barbie 🙂

Dans la plupart des publicités du XXe siècle, la femme n’est autre qu’une potiche ventant les mérites d’un article. Que ce soit pour vendre des pâtes, des vêtements et même la bière. Elle est un objet de vente. On considère la femme comme un moyen d’atteindre la cible masculine. Pour vendre de la bière standardisée, il faut bien de jolies jeunes femmes aguicheuses. Ces publicités fonctionnent très bien sur les hommes, mais décrédibilisent le rôle de la femme dans la création de notre boisson favorite.

L'homme : la cible prioritaire du 6 pack

Avec des spots de publicité toujours plus chargés en matière de sexisme, le marché de la bière s’oriente vers une cible 100% masculine. On veut toucher les hommes, les vrais, ceux qui ont des poils sur le torse et qui mangent du steak et des patates à tous les repas 😉

C’est au milieu du XXe siècle que la consommation de bière des femmes est pratiquement réduit à néant. Elles considèrent que la bière est une boisson d’homme, ce que la société veut faire croire. Heureusement qu’un renouveau est né depuis plusieurs années.

La craftbeer : un élan nouveau

Depuis les années 1990, le secteur brassicole retrouve de l’entrain. Le grand public cherche à connaître ce qu’il mange mais aussi ce qu’il boit. On voit les brasseries artisanales refaire surface. Ce phénomène débute en Amérique du Nord avec les Etats-Unis et le Canada. La France, ayant toujours un train de retard, débute sa lente évolution dans les années 2000. Aujourd’hui, le nombre de brasserie artisanale a explosé et l’on en compte plus de 1300 contre une quarantaine il y a 40 ans.

Who run the world ?

Depuis la révolution de la craftbeer, la femme reprend petit à petit sa place au sein du monde brassicole. En France, plus d’une centaine de brasseries sont dirigées par des femmes, mais ces dernières se retrouve surtout au centre du processus de fabrication. De plus en plus de brasseuses réalisent leurs propres bières. 

C’est notamment le cas de Stéphanie Altermatt qui a créé sa micro-brasserie artisanale l’Artmalté sur Annecy. Tout comme Solène Ronnaux-Baron qui a installé sa micro-brasserie B06 à Antibes. Ou bien, Anne-Laure Pelloux-Prayer et la Brasserie de la Loire implantée à Saint-Just-Saint-Rambert. Les exemples ne manquent pas pour parler du renouveau du brassage féminin. 

Dernièrement, un brassin à 18 mains a été réalisé. 9 femmes du monde brassicole se sont réunies pour donner vie à une bière collaborative 100% féminine. La Saison Bierissima a vu le jour grâce au travail de plusieurs brasseuses, spécialistes en bières. Je n’ai pas encore eu l’occasion de la goûter, je ne peux pas vous en dire plus 🙂

Que ce soit en matière de micro-brasserie, de cave à bières, les femmes reprennent une part de ce qu’elles ont laissées échapper il y a de ça plusieurs siècles. Pour autant, l’aventure de la bière artisanale est encore largement dominée par les hommes.

Des femmes qui montrent le chemin

Certaines femmes ont décidé de prendre le taureau par les cornes et  devancer ce renouveau. C’est notamment le cas d’Elisabeth Pierre. Elle est zythologue et experte en bières indépendantes depuis plus de 20 ans. C’est l’une (si ce n’est l’unique) experte en histoire et culture de la bière en France. Elle détient le très sélectif Master Cicerone (niveau de qualification en dégustation et connaissance de la bière), ce qui lui vaut d’être reconnue nationalement mais aussi internationalement sur ses compétences en la matière. Elle a également fait partie du brassage de la Bierissima (la fameuse bière à 18 mains évoquée juste au dessus!).

Je m’intéresse à ses travaux depuis quelques temps afin d’en apprendre chaque jour sur cette boisson qui me passionne. Ce serait un honneur de la rencontrer pour qu’elle puisse me transmette ne serait-ce qu’un millième de ses connaissances. Une femme peut donc donner la passion de la bière à un homme 😉 !

Pour faire un pied de nez aux stéréotypes, certains réseaux de femmes buvant de la bière se sont crées. C’est notamment le cas du groupe Facebook “Club des buveuses de bière à talons aiguilles” créé par Stella Cadente qui regroupe plusieurs milliers de femmes et d’hommes (il faut le dire aussi) autour de la passion du houblon.

La bière : un plaisir féminin

Les études montrent que la bière redevient “tendance”. Il suffit de regarder dans nos villes le nombre de bars à bière, de caves ou de brasseries artisanales qui se sont développés ces dernières années. Avec cette révolution, la bière est à nouveau attrayante pour le public féminin. L’engouement pour cette boisson se fait ressentir puisque 56% des femmes disent consommer une bière régulièrement, d’après l’étude Odoxa-Heineken de mai 2015 (pardon dieu de la bière artisanale, mais Heineken étaient les seuls à avoir des chiffres!). Je pense que ce chiffre a évolué à la hausse aujourd’hui, mais aucune étude le prouve.

Le plaisir du goût

Le public féminin n’était pas au rendez-vous avec les bières standardisées, souvent sans goût, sans vie (à croire que les hommes n’ont pas de goût ?). Certaines sont restées sur ce préjugé difficile à faire disparaître, mais tout le monde peut aimer la bière (voir l’article “j’aime pas la bière“). Aujourd’hui, il n’y a plus vraiment d’excuse de par la diversité de bières présentes sur le marché. Il y en a pour tous les goûts et pour toutes les bourses.

Il y a quelques années, on pouvait être surpris d’entendre des femmes aimer la bière brune. Dans mon entourage, j’ai quelques amies qui apprécient la Guiness ou le Stout en général. Elles aiment ce côté rond, cette douceur en bouche et le côté caféiné, chocolaté. Ma chérie aime beaucoup les bières ambrées où le côté caramélisé se dégage, avec un peu de caractère. Elle aime également les bières avec une amertume présente mais qui ne prend pas tout le palais. Dernièrement, on a testé une TIPA de chez To Ol à la mangue, ça a été son coup de coeur!

Il ne faut donc pas faire du sexisme sur une bière. Une bière fruitée ou sucrée ne plaira pas forcément à un public féminin. Les goûts et les couleurs dépendent de chaque personne, tant que le plaisir gustatif est présent.

Les stéréotypes ont la vie dure

Combien de fois j’ai pu entendreC’est une bière de gonzesse” (moi même j’ai pu le dire, je l’avoue !). L’industrie brassicole nous a forgé en ciblant les femmes uniquement avec des bières sucrées, fruitées et les préjugés sont durs à faire disparaître. Il est vrai que le marché de la bière est toujours dominé par les hommes, mais les femmes prennent leur place et apprécient les bonnes bières. C’est donc une cible à ne pas laisser filer.

Aujourd’hui, les femmes se décomplexifient lorsqu’elles sont au bar avec des amis. Il y a de ça quelques années, la consommation de bière pour les femmes se faisait surtout en privé. La peur d’être jugée était encore trop importante. “T’es un bonhomme, tu bois de la bière !”

Heureusement, la bière artisanale permet petit à petit de faire oublier ces stéréotypes disant que la bière n’est faite que pour les hommes. La femme n’est plus traitée comme un objet mais bien comme une potentielle cliente.

Contre toutes attentes, les femmes représentent 40% du marché français des consommations de bières. Elles reprennent également la main en terme de brassage avec un centaine de brasseries artisanales en France. Le marché de la bière artisanale a beaucoup aidé au retour de la femme dans ce domaine, rongé par les stéréotypes. Cela permet à la femme de s'approprier ce marché petit à petit et de prendre plaisir dans la découverte de nouveautés.
Et vous mesdames, dites-nous en commentaire quelle est votre bière préférée!

Ce qu'il faut retenir

  • La femme est à l'origine de la bière
  • L'industrie de la bière a stéréotypé le marché
  • Des femmes se lancent dans l'aventure
  • Les femmes aiment les bières ayant du caractère, un goût prononcé

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A la prochaine pour un nouvel article et bonnes dégustations !

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