histoire bière

Tu n’imagines pas ce que l’Humanité a dû effectuer pour arriver à produire la bière de qualité que tu as dans les mains pendant tes apéros.
Elle est le résultat d’un savoir-faire de plusieurs milliers d’années !

Pour égayer ta curiosité et avoir des anecdotes à raconter lors de ton prochain apéro, je te propose dans cet article les faits marquants sur l’histoire de la bière.

Les origines de la bière

Il est difficile d’être certain de ce que buvaient nos ancêtres avant l’apparition de l’écriture.
D’un point de vue purement scientifique, les premières traces de bières remontent à 7000 avant JC (ça date !)

On les retrouve sur des poteries d’un site archéologique chinois à Jiahu. Mais il est tout à fait probable qu’elle soit « inventée » plus tôt.

Les hommes préhistoriques mangeaient du gruau (du grain de céréale ramolli dans de l’eau).
Il suffit d’oublier ce gruau pour que le grain germe et devienne du malt qui, laissé quelques jours, fermente. Le jus obtenu devient de la bière.
C’est ainsi que les premières beuveries de l’humanité ont commencé.
On imagine facilement que ces bières néolithiques avaient une dimension spirituelle (chaman etc…) et conviviale
.

L’apéro était inventé ! 

Tous les scientifiques se rejoignent sur le fait que la bière a participé à la création de la civilisation.
Certains même avancent que la bière a poussé les hommes à inventer l’agriculture.

Pour en savoir plus je t’invite à lire mon article :

La bière à l’origine de notre civilisation ?

Par la suite on retrouve d’autres traces également dans des poteries pendant tout le paléolithique sur différents sites dans le monde. Ainsi la bière a été inventé un peu partout sur le globe à des dates et des lieux différents.
Nous en buvons depuis des milliers d’années et c’est pas prêt de s’arrêter.

Les bières à l’antiquité : le culte de la bière

Dans toutes les civilisations, il existe des divinités pour tout.
La terre, l’eau, la guerre et la bière n’y échappe pas.

Une tablette pour les guider tous !

Nous buvons de la bière depuis au moins le début de l’histoire de l’humanité. 
Petit à petit cette boisson a pris de l’importance. 

Parmi les premières traces écrites des humains, une tablette d’argile (ci-dessus) contenant « l’Hymne à Ninkasi ». C’est une recette complète de bière comprenant le procédé qui va avec. 
Ninkasi était la déesse sumérienne de la bière
Grâce à cette tablette datant de 1800 av JC, nous sommes en mesure de connaître les bières antiques. 

En voici un extrait :

C’est vous qui déversez la bière filtrée dans la cuve de collecte ;
Cela ressemble au torrent que forment le Tigre et l’Euphrate.
Ninkasi, c’est vous qui déversez la bière filtrée dans la cuve de collecte ;
Cela ressemble au torrent que forment le Tigre et l’Euphrate.

Pour voir l’intégralité de la traduction c’est ici.

Une recette antique

“-Bonjour Maïté !
Aujourd’hui je vous propose une superbe recette : la bière au pain antique.
-Hmmmm, ça a l’air délicieux, mais qu’est-ce donc Thomas ?”

La recette est assez simple !
En gros, ils commencent à faire du pain dans une cuve. 
Ils le trempent et obtiennent un blobiboulga sucré qu’ils mélangent avec du miel et d’autres aromates
Ensuite, ils laissent fermenter le tout pendant quelques jours.
Et enfin, ils le boivent à l’aide d’une paille pour ne pas boire et manger en même temps. Donc maintenant ne vient plus te plaindre quand une miette tombe dans ta bière 😉

C’était une boisson très nourrissante et particulièrement prisée. A tel point que les ouvriers se faisaient payer en bière.

Aujourd’hui on retrouve quelques initiatives de bières anti-gaspillage qui utilisent les invendus de pain pour créer sa propre bière.
Je pense notamment à la brasserie Cocomiette qui réalise 100% de ses bières à partir de pain ou encore à la Babylone de Bruxelles Beer Project et j’en passe et des meilleures…
La bière c’est comme la mode, les tendances reviennent toujours 😉

Pas de bières, pas de pyramides !

égypte et bière

Si les sumériens inventent la paie en chope de bière, ce sont les égyptiens qui transforment l’essai ! 

Les écrits laissés par les égyptiens démontrent que les ouvriers étaient également payés en bière mais ça allait plus loin…

C’était LA boisson nationale.
Un pharaon se déplaçait toujours avec son brasseur pour ne pas être à cours. T’imagines si aujourd’hui on faisait ça, c’est la cirrhose assurée.

Dans les croyances, c’est Osiris qui a montré comment faire le nectar des dieux.
Ainsi boire c’est se rapprocher des dieux !!

Dans la cour égyptienne, lors des soirées, il était très bien vu de vomir d’ivresse ! Attention, ça sert à rien de sortir cet argument quand tu auras la tête dans la bassine (il faut boire avec modération 😉 ). Vomir c’est tricher !
On l’utilisait également comme médicament. 
Enfin, c’est l’une des premiers choses que l’on met dans son tombeau. Il faut toujours être bien accompagné.

Pour en savoir plus n’hésitez pas à regarder cette vidéo sur le sujet.

Le divan de Jules César

L’antiquité est l’âge d’or de la bière, jusqu’à ce que l’Empire Romain prenne le dessus sur le Monde.

Pour eux le vin est la boisson noble et la bière est celle des barbares
Tu connais les aventures d’Astérix et Obélix ?
Et bah, c’est une belle représentation de l’époque.
César, allongé sur son divan à manger des grappes de raisins et à s’enfiler des litres de vin.
Alors que nos petits gaulois, boivent avec passion leur “Potion magique” (je pense plutôt que c’est de l’hydromel 😉 ).

Comme toutes les bonnes choses ont une fin, lorsque l’Empire Romain s’effondre, l’église catholique prend le pouvoir. Le vin reste la boisson prisée de tous mais prend une dimension spirituelle.
Faut pas oublier que Jésus a changé l’eau en vin (trop fort ce mec). D’après l’église, le vin est divin et représente le sang de Dieu.
Il ne font pas mention de la bière dans les écrits Saints.
Tout ce qu’on sait, c’est que les catholiques méprisent la bière à cette époque.

 Les fondateurs de l’Eglise écrivent :

« La bière est une boisson glacée et trouble des égyptiens dont le froid intense enflamme l’intérieur et provoque d’incurables maladies »

Bref dans le monde occidental, la bière s’est donc faite un peu oublier dans les premiers siècles de notre histoire. Elle était vue comme impropre et une boisson de barbares.

Aujourd’hui encore, notre héritage latin nous laisse quelques à priori.
La bière étant plus propice à la pizza et aux chips plutôt qu’à la haute gastronomie. Mais heureusement c’est en train de changer grâce à de nombreuses initiatives et des gens passionnés.

Les pubs : une histoire du moyen-âge

Au moment où l’Empire Romain éclate, un grand nombre de guerres se déclare.
Les différents royaumes cherchent à montrer leur domination (et quel seigneur a la plus grosse).
La vie est rude, le vin ne coule plus à flot. Fini les grandes fiestas, bonjour les temps maussades.
Comme le disait une grande famille d’un autre temps : “Winter is coming”.

Pour ne rien arranger, l’eau n’est pas toujours propre à la consommation.
C’est donc le retour en grande pompe de la bière dans l’occident.

Elle est devenue un aliment de base de l’alimentation moyenâgeuse. 
On la retrouve à chaque repas.
Les enfants ont même le droit à leur pinte. Mais une bière très légère (tout de même).

A l’époque la répartition des tâches ménagères n’existe pas (encore aujourd’hui chez certains 😉 ), ce sont donc les femmes qui brassent.
Elles préparent leurs bières dans des marmites sur le feu dans leur maison.
Certaines plus douées que d’autres, vendent leur boisson au public. On vient boire sa petite mousse directement dans la maison entre les culottes qui sèchent et les gamins qui courent partout. Les « Publics Houses » voient le jour. Plus tard, on transforme le terme en Pubs.
Tes pubs préférés viennent donc du savoir-faire brassicole de certaines femmes.

L'art du brassage monastique

bière abbaye

Pendant ce temps n’oublions pas les monastères qui brassent leurs propres breuvages. 
Les monastères doivent fonctionner en autonomie. Ils ont l’obligation de servir à boire et à manger aux plus démunis.
La bière étant un aliment de base à l’époque. Les moines en brassent pour en servir au plus grand nombre.
Bien entendu, il différents types de bières sont produit et c’est à cette époque que
la triple d’abbaye voit le jour (pour plus d’infos voir cet article)
La bière a un autre avantage pour les moines. Pendant les
jeûnes la bière sert de repas, grâce à ses qualités nutritives.

Et pourquoi pas du vin ?
Et bien le vin est réservé à la messe et aux grandes occasions à cause de son coup de fabrication.

Je s’appelle gruit !

Peu à peu les qualités gustatives de la bière s’améliorent.
On y ajoute tout un tas d’ingrédients : laurier, cumin, gingembre, épices…
Un mélange d’épices et d’herbes devient de plus en plus populaire : le Gruit
Il devient gage de qualité de la bière et permet de la conserver un petit peu mieux.

Nous n’en connaissons pas encore réellement l’ensemble des ingrédients. Il semblerait qu’il y ait du millefeuille, du piment royal, du lédon des marais et des épices.
Ce qui est sûr c’est que le gruit a pris énormément d’importance au fil du temps.
On finit par en trouver dans chaque brasserie.

La demande de bière étant de plus en plus importante partout en Europe, elle devient un produit économique.

Charlemagne interdit tout cueillage des ingrédients du gruit sur ses contrées. 
En Hollande, sa confection est carrément confiée au
Grutarius, un agent public chargé de distribuer ce gruit moyennant finance.

Aujourd’hui, on parle d’un style à part entière : la Ale de Gruit.
Si tu es curieux et expérimenteur, la Brasserie Beau’s aux Etats-unis brasse une bière avec une recette inspirée de ce fameux gruit.

La révolution du houblon

bière et houlon

Le houblon est connu depuis longtemps dans la bière. Mais jusqu’au XVième siècle, il est assez peu utilisé.
C’est avec la découverte des qualités de conservation de cette plante que la demande est devenue plus importante. Il permet de conserver vraiment plus longtemps les qualités gustative de la bière.

De plus le gruit est régulièrement source d’intoxication.
Les brasseurs (à part les moines) mettant un peu de tout et n’importe quoi dans la bière.

“Dans un petit plat à part
Tiédir du sang de lézard
La valeur d’un dé à coudre
– Et un peu de sucre en poudre !”

Deutsche Qualität by Guillaume IV

Pour pallier à ces problèmes, le duc Guillaume IV de Bavière promulgue la « loi de pureté ».
La fameuse « Reinheitsgebot » (à vos souhaits) 
Cette loi stipule qu’une bière ne peut être appelée bière que si elle contient les ingrédients suivants : malt, eau et houblon.

Le gruit est aboli. 

C’est la première législation européenne agroalimentaire !!

A cette époque les femmes perdent la main sur le brassage.
La production de bière qui est transférée aux hommes.
Ils forment des confréries de brasseurs.
Le secteur commence à s’organiser. Grâce à la conservation longue de la bière, apporté par l’ajout du houblon, elle peut maintenant être déplacée. Ce qui permet de faire du commerce.
La bière devient donc un produit commercial international.

Cette fameuse loi a été abolie il y a une quarantaine d’année. Mais les brasseurs allemands continuent de brasser dans cette tradition et en sont très fiers !!

Mais n’as-tu pas remarqué qu’il manque un ingrédient majeur dans cette loi ?
Et oui… la levure !!!
Tout simplement par ce qu’elle n’a été découverte que plus tard en 1876.

Pasteur, le héros de la bière !

Louis Pasteur travaille sur le vin et la bière.
Son but, améliorer les conditions de conservations et empêcher la dégradation du produit.

Pour cela, i étudie le procédé de fermentation sur différents supports.
Il prouve que la fermentation est due à des micro-organismes : les levures.
En allant beaucoup plus loin, il permet aux brasseurs de 
comprendre et de saisir que les bactéries et levures “sauvages” sont initiatrices de faux goût.

Une nouvelle ère brassicole voit le jour. 
Il met au point la « pasteurisation » qui permet grâce à la chaleur d’éliminer tout micro-organisme présent.
Pasteur joue un rôle majeur dans la culture brassicole actuelle. Ses avancées permettent de poser le cadre de l’industrialisation du procédé.

L’ère industrielle du mauvais goût

industrie bière

Alors récapitulons.
A la fin du XIX siècles, nos aïeuls sont capables de “stériliser la bière”.
Ils connaissent la levure.
Utilisent du houblon pour l’amertume et la conservation.
Il ne manque plus qu’à faire un peu de recherche et développement pour transformer le processus.

C’est exactement ce que fait la brasserie Carlsberg.
Elle isole une nouvelle souche de levure à un niveau industriel. 
C’est la « saccharomyces pastorianus » ou la levure des Lagers.
Grâce à une fermentation à froid (qui se fait déjà dans les abbayes allemandes l’hiver), ils obtiennent une belle bière blonde limpide. 
Tout le contraire de ce qu’on trouve ailleurs à l’époque, les bières sont troubles et ambrées.
C’est un succès commercial énorme.

Et bien sûr, plus les décennies passent et plus ce type de bière devient le standard.
L’industrialisation amène ainsi l’appauvrissement des styles de bières.

Pire encore, lors du développement des supermarchés, les prix sont tirés vers le bas. Il faut donc réfléchir à de nouveaux moyens d’être rentable malgré de faibles prix de vente.
L’industrie remplace donc l’avoine par du maïs, le houblon par de l’extrait de houblon.
Et pour finir, on dilue toujours plus la bière avec de l’eau pour qu’elle soit la moins chère possible.
C’est donc pourquoi jusque dans les années 2000, on ne retrouve quasiment que ce type de bière sur le marché (Heineken, Carlsberg, Kronembourg, Budweiser, Tsintao…).
Toutes ces bières se ressemblent et sont bon marché (pour avoir une idée du tarif d’une bière artisanale regarde donc cet article).
Idéal pour l’industriel mais pauvre pour le consommateur.

Le renouveau brassicole

Heureusement pour nos papilles, nous assistons depuis les années 2000-2010 à un renouveau brassicole.
Il commence aux Etats-Unis au début des années 2000. Les américains sont toujours les premiers sur les tendances. 

Aujourd’hui, ce renouveau touche l’ensemble de la planète.
On voit émerger de nouveaux pays brassicoles.
Les micro-brasseries reviennent en force et proposent une variété et une qualité de bières extra-ordinaires pour tout amateur de mousse.
Les brasseries artisanales se développent de plus en plus et grignotent petit à petit des parts de marché aux industriels, même s’il est largement dominé par ces derniers.

Le renouveau touche également la France.
Pays qui a une histoire de longue durée avec le vin. A cause de cet amour, la France a encore du mal à renouer pleinement avec son passé brassicole. 
Et pourtant, il y a un réel engouement depuis 2015 pour les microbrasserie.
En 1980, il y avait 35 micro-brasseries en France, il y en avait 1500 en 2018 et près de 2000 en 2020.
Sur les années 2010 la courbe d’ouverture de micro-brasseries est en plein boom comme tu peux le voir sur ce graphique :

nombre brasserie france

Ce qu'il faut retenir

Sources :

  • Une histoire de la bière en bande dessinée – Jungle
  • http://www.beer-studies.com/
  • Chaîne youtube Une bière et Jivay
  • La bière c’est pas sorcier – Guirec Aubert

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Si ce n’est pas déjà fait, pense à télécharger mon guide “Choisir et accorder sa bière à un plat en un clin d’oeil” pour aller plus loin.
A la prochaine pour un nouvel article et bonnes dégustations !

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