La "triple" est l'un des styles de bière les plus connus dans le monde. Cependant, ce style peu créer des confusions pour les consommateurs mais aussi chez certains brasseurs.
Faisons le point ensemble sur une désignation créée par les moines et qui possède plusieurs significations aujourd'hui.

C’est un fait, la bière triple est à la mode et elle n’est pas prête de disparaître. Que ce soit en supermarché ou dans les commerces spécialisés, les triples sont présentes sur tous les étals.

Il faut cependant faire attention à la bouteille. Toutes les bières dîtes “triple” ne se valent pas. Il faut donc bien lire l’étiquette pour comprendre ce que le mot triple veut dire. Entre les bières d’abbayes et les autres utilisant ce terme, il y a un monde.

Il est donc temps d’arrêter les amalgames et d’y voir plus clair.

Une bière triple moyenâgeuse

A l’origine, la bière était faite par les femmes (voir l’article “La bière, une affaire de testostérone ?“), mais c’est au Moyen-Âge que tout a changé. Pour promouvoir le développement de la bière, Charlemagne décide de donner l’exclusivité de la fabrication aux moines. Au VIIIe siècle, chaque monastère doit posséder une brasserie pour proposer ce breuvage au plus grand nombre.

Mais pourquoi promouvoir la bière ?

A l’époque, l’eau ne possédait pas la qualité qu’on lui connait aujourd’hui. Il fallait donc proposer une boisson saine pour limiter les maladies. En faisant bouillir l’eau lors du brassage, cela permettait de réduire le risque de contamination bactérienne.

L'ingéniosité des moines

Pour proposer une boisson saine au plus grand nombre, les moines se sont mis à brasser la bière. Cette boisson est simple à réaliser puisqu’elle ne nécessitait seulement que trois ingrédients à l’époque: de l’eau, des céréales et des levures (l’utilisation du houblon pour le côté aromatique de la bière se fera vers le XVe siècle).

Au Moyen-Âge, tout le monde n’était pas sur le même pied d’égalité. Les moines ont donc réfléchi à créer trois bières de degrés d’alcool différents :

  • Une forte : pour la servir aux hôtes de marque
  • Une moyenne : pour les moines eux-mêmes
  • Une de tous les jours : pour les pèlerins  
Pour fabriquer ces trois bières, ils utilisent les mêmes céréales. Ils brassent donc 3 fois les céréales pour obtenir les 3 breuvages. Le 1er brassage va donner la bière la plus forte. Dans le processus de fabrication, les sucres permettant de créer l’alcool (après fermentation) se développent lors du brassage. Plus on réutilise les mêmes céréales, moins il y aura de sucres qui vont se libérer.
 
C’est un peu pareil lorsque l’on utilise des dosettes pour se faire couler un café. Lors de la 1ère utilisation, le café possède tous ses arômes. La 2ème utilisation dégrade le goût. La 3ème utilisation donne un jus de chaussettes.

Une bière trois fois plus forte

Comme tu l’auras compris, le 1er brassin est beaucoup plus aromatique mais également plus chargé niveau alcool que les autres. A l’époque, elle titrait à 9° et les moines l’appelaient la “prima mélior” ou tripel (triple). Le deuxième jus, moins fort en alcool et en goût titrait aux alentour de 6° et se nommait la “cervisia” ou dubbel (double). Enfin, le troisième jus à 3° se nommait la “tertia“, qui est donc la bière de base. 

Pour s’y retrouver lors de la fermentation en barrique, les moines apposaient une marque sur les tonneaux. 

  • Une croix (X) pour les bières simples.
  • Deux croix (XX) pour les doubles.
  • Trois croix (XXX) pour les triples.
Ce marquage permet de différencier facilement les tonneaux lors du service.

Du Moyen-Âge à la bière triple d'aujourd'hui !

Durant plusieurs siècles, la recette de la triple est restée la même. Cependant, au fur et à mesure du temps, la main mise par l’église sur la fabrication de la bière disparaît petit à petit. 

La révolution française apporte un premier virage au brassage. Plusieurs centaines de brasseries d’abbayes disparaissent durant cette période. Que ce soit en France ou sur une partie de la Belgique, des nombreuses abbayes cessent leur production, détruite par la révolution.

Le deuxième tournant vient avec la révolution industrielle. Les avancées faites par les industries en terme de qualité, d’innovation et de réduction de coût finissent par donner le coup de grâce à la production monastique. La production s’est donc vu limitée à la consommation des moines.

C’est dans les années 1930 que le terme “triple” refait son apparition, grâce à une irréductible abbaye belge.

Le grain de sucre belge

Pour concurrencer les bières blondes européennes et pour faire référence à la tradition monastique, Westmalle (brasserie d’abbaye) crée une bière blonde forte. Cette bière titre à 9°. Etant donné que le mot “double” est déjà utilisé pour définir les bières entre 6-8°, ils choisissent d’utiliser le terme “triple”. Cela permet de faire comprendre aux consommateurs qu’elle est plus forte qu’une double. Le style Belgian Tripel ou triple Belge est donc créé. 

Le lancement de ce style est un véritable succès. Depuis, la belgian tripel est devenue un style de bière à part entière.

Triple pour 3 fois plus de matière ?

Il est vrai que les bières doubles belges sont brassées avec deux fois plus de matière. Cela crée une densité deux fois supérieure à une bière de base et donc un taux d’alcool deux fois plus important. Les doubles ont un degré d’alcool entre 6 et 8.

Il est vrai que pour obtenir une bière plus forte, on a besoin de plus de matière première par rapport au volume final de bière.

On a donc souvent entendu dire que les bières triples s’obtenaient en mettant 3 fois plus de matière que dans une bière de base. 3 fois plus, c’est beaucoup, même un peu trop. Cela voudrait dire que l’on met beaucoup plus de malt qu’à la normale. Ce serait un gâchis de matière et le brassage serait impossible à réaliser.

L’utilisation de 3 fois plus de matière reste donc un mythe que beaucoup de monde continue de croire. 

Du coup, c'est quoi une triple belge ?

C’est une bière de caractère, complexe par ses arômes fruités, épicés et de pain frais. Elle est plus sèche que les blondes classiques mais également plus effervescente. Malgré sa sécheresse en bouche, elle est douce et sucrée. Son degré est obtenu à partir de l’ajout de sucre, qui lors de la fermentation se transformera en alcool. Généralement, une triple d’abbaye va titrer entre 8 et 9 °.

Le terme triple, apporte simplement une notion non quantifiable de la force de la bière. Il est réellement lié au style de la bière, une blonde à la teneur en alcool élevée.

Quelques Triples :

  • Tripel, Westmalle (Belgique)
  • La fin du Monde, Unibroue (Canada)
  •  St Feuillien triple, Friart (Belgique)

Les erreurs communes de l'utilisation du mot "triple"

Le terme “triple” est utilisé par erreur par certaines brasseries, soit de façon volontaire, soit involontaire. Comme je te l’ai dit au début, les triples se vendent bien. Certains brasseurs jouent donc sur le terme et le manque de connaissances du consommateur pour vendre plus ou pour exprimer autre chose.

Triple pour 3 céréales

Lors du brassage, on peut employer différents céréales pour obtenir notre moût (voir le processus de fabrication de la bière). Certaines brasseries emploieront donc ce terme “triple” pour désigner uniquement l’utilisation de 3 céréales dans leur matière. Par exemple, la triple Karmeliet tient son nom des 3 céréales qui la composent (l’orge, le froment et l’avoine). Malgré tout, c’est une triple belge puisque qu’elle correspond aux critères du style (cité plus haut).

Il faut donc bien lire l’étiquette avant d’acheter ce genre de bière.

Triple pour 3 fermentations

C’est l’erreur la plus commune. C’est également une croyance que l’on peut avoir par manque d’informations. On peut penser que le terme “triple” vient du fait que la bière ait subi une triple fermentation…eh bien, pratiquement toutes les bières sont fermentées 3 fois

Il y a généralement 2 fermentations de base. Une courte à température élevée et une plus longue à température basse. On peut par la suite, refermenter la bière directement dans la bouteille (en ajoutant du sucre ou des levures), pour développer l’effervescence de la bière.

Il faut donc bien lire l’étiquette pour voir que c’est une triple fermentation que la bière a subie.

Triple pour 3 houblons

On peut utiliser le terme “triple”, pour désigner également l’utilisation de 3 houblons différents dans le brassage de la bière. Généralement, c’est l’information la moins trompeuse car elle est souvent suivi de l’info “hops”. Par exemple, la Duvel Tripel Hops est une IPA aux 3 houblons.

Triple pour 3 fois plus de taux d'alcool

Certains brasseurs vont employer le terme “triple” pour parler uniquement du degré d’alcool de leur bière. Ils parlent d’une bière triple uniquement parce que le taux d’alcool avoisine les 9°. Il faut donc bien faire attention et lire l’étiquette.

Tu l'auras compris, le terme "triple" peut être employé pour tout et n'importe quoi.
La bière triple est un style à part entière. C'est une bière blonde, forte, fruitée, douce et sucrée. Il faut donc bien faire attention à lire l'étiquette pour déterminer si c'est bien une bière de ce style. En se basant sur les belgian tripel, tu es sûr de te faire plaisir. Maintenant, tu seras capable de distinguer les triples 🙂

Ce qu'il faut retenir

  • Les moines sont à l'origine de la bière triple
  • 3 bières, 3 degrés d'alcool pour 3 castes de personnes
  • Belgian tripel est le style actuel
  • Attention aux amalgames, lis bien les étiquettes

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A la prochaine pour un nouvel article et bonnes dégustations !

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