La bière française fait des émules.
Elle gagne de plus en plus en notoriété.
La bière française apparaît sous un nouveau jour auprès des consommateurs.
Sur le territoire français, le nombre de brasseries ne cesse de grandir depuis plusieurs années. Selon une étude Xerfi, le marché de la bière artisanale français pourrait représenter près de 440 millions d'euros d'ici 2020.
Faisons donc le point sur le marché de la bière "Made in France" !

The Piggy Brewing Company - Bière française

La France est une terre brassicole

Jusqu’au début des années 1900, la France est l’un des pays ayant le plus de brasseries artisanales. Mais les Guerres Mondiales et le changement de culture (passant de la bière au vin) a créé une forte diminution du nombre de brasseries.
Passant de 2800 brasseries au début du XXe siècle à seulement 23 dans les années 70.
Pour en savoir plus sur l’histoire de la bière.

C’est aux Etats-Unis et au Canada que le mouvement craftbeer s’est réellement développé dans les années 80-90.

La France, ayant toujours un train de retard sur les tendances, mettra près de 20 ans pour rattraper ce mouvement.
Tu sais, le temps que ça traverse l’Océan Atlantique à la nage, ce n’est pas prêt d’arriver 😉

Alors aujourd’hui, où en est-on ?

Où en est-on du marché de la bière française ?

La France a quelques années de retard sur le développement des brasseries sur son territoire, mais elle se rattrape depuis les années 2010.

20 ans !
Non ce n’est pas mon âge.
J’ai l’âge de m’inquiéter d’une calvitie précoce 😉

Ce sont les années de retard que l’on a par rapport aux Etats-Unis et au Canada.
On comprend mieux pourquoi il y a un réel engouement pour les bières américaines et les bières canadiennes.

Seulement, les petits frenchies n’ont pas dit leur dernier mot et se rattrapent plutôt bien.

Une évolution constante

1400 !

1400 c’est le nombre de brasseries françaises présentes sur le territoire (voir le Projet Amertume).
Voici un graphique montrant l’évolution du nombre de brasseries françaises au cours de ces dernières années.

Brasserie française
Source : Projet amertume

Comme on peut le voir sur le graphique ci-dessus, depuis quelques années, le nombre de création de brasseries est en forte augmentation.

Depuis 1998, ce nombre a été multiplié par 30 environ.
En 20 ans, cela représente plus de 1300 créations de brasseries françaises.

Mais si on s’intéresse plus longuement à la courbe de création, on se rend compte qu’il y a eu un boom de croissance depuis 2015. On passe de 600 brasseries à 1400. En 3 ans, le nombre de créations a plus que doublé. Ça représente une création de brasserie par jour environ.

S’il y a autant d’ouvertures, ça veut dire que le marché de la bière artisanale française est en train de prendre de l’ampleur. En tout cas, c’est ce que confirme l’étude Xerfi Le marché des bières artisanales à l’horizon 2020 – Perspectives de croissance des artisans brasseurs et stratégies des industriels face à l’essor des craft beers“.

Je n’ai pas eu la chance de lire l’étude (elle coûte 1 300 €), mais cet article résume la situation.

En gros, d’ici 2020, le marché de la bière artisanale pèserait 440 millions d’euros.

C’est beaucoup et à la fois peu.

Le marché de la bière en France représente 3,5 milliards d’euros.
Le marché de la bière artisanale 300 millions d’euros.
Ce qui veut dire que le marché de la bière artisanale française ne représente qu’un peu plus de 8% du marché global. En comparaison, celui des Etats-Unis représente 11%.

Il y a donc encore de la marge 😉
Ou peut-être pas !

Le marché de la bière française bientôt saturé ?

Avec toutes ces brasseries françaises, on peut se demander si le marché ne deviendrait pas au fur et à mesure saturé.

En France, nous sommes 67 millions. 
Il y a 1400 brasseries françaises.
Ce qui veut dire qu’il y a un rapport d’une brasserie pour 47 860 personnes en France.

A titre de comparaison, les Etats-Unis possèdent 327 millions d’habitants.
Il y a 6100 brasseries (
pour plus d’infos).
Ce qui donne un rapport d’une brasserie pour 53 600 habitants aux USA.

J’utilise ce rapport afin d’avoir une idée du potentiel des brasseries en France. Ça peut se comparer à une zone de chalandise, même si j’extrapole.

En comparaison, le secteur de la restauration est beaucoup plus concurrentiel.
Il y a 175000 restaurants en France, donc un rapport d’un restaurant pour 382 habitants.

Dans les 67 millions, je compte aussi bien les enfants que les personnes en âge de boire de l’alcool, ce qui veut dire que le rapport brasserie/habitant en âge de consommer de l’alcool est encore plus restreint (idem aux USA).
En France, les 0-18 ans représentent environ 21% de la population (Source Insee).

Ce qui veut dire qu’il y a 67 millions x(1-21%)= 53 millions d’habitants en âge de boire de l’alcool.
Soit un rapport de une brasserie pour 37 857 habitants en âge de consommer.

Ça paraît peu, mais c’est largement suffisant pour vivre.

Je sais bien que toute personne en âge de consommer ne boit pas de la bière. Mais quand on voit que le marché global augmente (+3%), on peut se dire qu’il y a chaque jour de nouveaux aficionados de la bière et qu’il y a encore un peu de place (mais limitée).

La conjoncture future est encore à l’accroissement des créations de brasseries pour agrandir encore l’offre.

Un air nouveau souffle sur la bière française

Ce que je remarque avec l’augmentation du nombre de brasseries, c’est que la qualité augmente également.

Plus il y a de concurrence, plus il faut se différencier pour sortir son épingle du jeu.
Les brasseries françaises (en général) ont choisi la qualité pour sortir du lot.

J’ai vu depuis 2016 (le début où je me suis lancé dans la bière), que les brasseries misent de plus en plus sur des produits de qualité. Pour réaliser une bière de qualité, les brasseurs choisissent des ingrédients de qualité.

Pour rester dans la course, il ne suffit pas d’ingrédients de qualité, mais il faut constamment innover.
Nous, consommateur, on peut se lasser rapidement d’un produit s’il n’y a pas d’innovation. C’est pourquoi il faut toujours que les brasseries se dépassent et suivent les tendances.

C’est un peu comme la bataille entre Blackberry et Iphone.
Blackberry n’a pas su se réinventer pour rester compétitif et tend à disparaître. Même si honnêtement, Apple n’a pas réellement révolutionné le monde du mobile depuis plusieurs versions de l’Iphone…mais c’est un autre débat.

Copier/Coller

Aujourd’hui lorsqu’un style de bière plaît dans un pays étranger, il ne faut pas 10 ans pour le retrouver dans nos verres.

Les brasseurs français sont au courant des évolutions de style dans le monde brassicole.
Ils ne travaillent pas dans leur coin. Ils ont une ouverture sur ce qu’il se passe autour de nos frontières et bien plus loin encore.

On m’a souvent dit dans mon ancien travail qu’une entreprise qui n’écoute pas le marché est vouée à disparaître. En s’informant des nouvelles tendances, les brasseurs restent à la page.

De plus, ce sont des amoureux de la bière, donc ils dégustent ce qui se fait.
C’est un peu comme les cuisiniers.
Le brasseur va goûter les bières environnantes pour créer sa propre recette, son interprétation.

Regarde l’IPA.
Ce style n’était pas très présent il y a de cela 5 ans sur le marché français. 
Aujourd’hui, elle est incontournable et pratiquement chaque brasserie a sa propre version. Tout comme ses déclinaisons (DIPA, Session IPA…).

Si on remonte à 2 ans en arrière, très peu de brasseries faisaient des NEIPA.
Maintenant je n’arrive plus à compter les sortes existantes.

On peut faire l’exercice sur pratiquement toutes les dernières tendances.

Le changement c'est maintenant ?

En parlant de tendance.
La canette fait son grand retour.

Fini les bières de clochard (#jaipasdargentpourboiredelabonnebiere), bonjour les bières de beer geek.

C’est en parti les anglais et les américains qui ont redonné un autre usage à ce contenant. Au lieu de contenir de la pissalabière, on se retrouve avec une bière qui a du goût.
Je pense notamment aux anglais de Cloudwater qui utilisent la canette. Au delà d’une bonne bière, le visuel est aussi là : la canette est jolie à regarder.

Fini les étiquettes sans vie.
Les brasseries prennent le pas pour transformer leur contenant en véritable
oeuvre d’art.
C’est ce que fait
La Débauche.
Pour chaque bière, le travail de marketing est soigné et une identité propre est créée.

L’exemple parfait que j’ai goûté dernièrement de ce renouveau, c’est la Brasserie Galibier avec sa King Porridge.
Une Triple Dry Hop Imperial NEIPA (mais WTF). En gros, c’est une bière charpentée, légèrement houblonnée et très aromatiquement fruitée. En plus de ça, elle est conservée dans une canette, surmontée d’une étiquette au design épuré qui donne envie de découvrir ce qu’il y a dedans.
Bref Galibier représente tout à fait selon moi le renouveau de la bière française.

Mais ne t’en fais pas, ce ne sont pas les seuls.
Voici quelques exemples de brasseries qui vendent en canette avec un design efficace :

  • Brasserie Aerofab 
  • Brasseurs Cueilleurs
  • The Piggy Brewing Company
 

Je ne dis pas qu’il faille nécessairement suivre les tendances pour exister.
Je dis qu’il faut apporter de la nouveauté pour ne pas lasser le client.
Que ce soit en terme de recette, de design, de contenant, il est nécessaire d’apporter de la nouveauté. C’est l’innovation continue.

Il ne faut pas que la bière française se repose sur ses acquis mais qu’elle ose sortir de ses frontières.

La bière française sort de ses frontières

C’est bien connu, chez nous les français, lorsque l’on fait quelque chose de bon, on a envie d’en faire profiter le monde entier.

Le vin.
La baguette.
Le camembert (attention au cliché).
La gastronomie française.
Tout s’exporte dans le monde, alors pourquoi pas nos bières ?

La vente de bière en local

Tout à l’heure, je te parlais des 1400 brasseries françaises.
Et bien la plupart d’entres elles ont décidé de vendre leur production principalement de façon locale.

Pourquoi ?
Tout simplement pour une question de fraîcheur.
Pour un canal de vente réduit. Le brasseur est plus proche de son client.
Mais aussi pour exister plus rapidement.

Il est plus facile de vendre son produit dans une zone géographique proche que dans une zone agrandie. De plus, la tendance est d’acheter local.
C’est ce que je fais avec mes légumes et autre, donc pourquoi ne pas utiliser le même schéma de vente pour la bière.

Ça a ses avantages et ses inconvénients, comme tout système. Le fait de vendre en local rassure le client sur l’origine du produit mais cela limite la croissance de la brasserie à long terme.

Il faut donc à un moment sortir de sa zone géographique et pourquoi pas innover.

Les collaborations entre brasseurs

La collaboration entre brasseries est de plus en plus à la mode.
Que ce soit entre brasseries françaises ou entre des brasseries de pays différents.

Mais c’est quoi une collab’?
C’est la réalisation d’une bière à 4 mains. 
2 brasseries (ou plus) s’associent pour sortir une bière unique et éphémère.

Le but de ces collaborations entres brasseurs est multiple :

  • Développer les relations entres les brasseurs. L’entraide est importante pour avancer sereinement. Le fait de partager une production permet d’échanger ses techniques, ses astuces de brasage, pour un apprentissage au quotidien.
  • Proposer une bière exclusive à ses clients. Le fait de créer une bière unique, cela permet de renouveler l’offre et d’apporter une bière éphémère.
  • Développer sa clientèle. En s’associant à une brasserie ayant une plus grosse clientèle (ou identique), cela permet un gain en visibilité et potentiellement en clients.
Ce qui prime selon moi, c’est le fait qu’une collaboration puisse mettre en avant un savoir-faire qui est propre à chaque brasserie.
 
Le fait de partager ce savoir avec une brasserie étrangère montre que la France n’est plus à prendre à la légère sur le marché de la bière artisanale. (Oui je suis chauvin 😉 )

Une reconnaissance de la bière française qui se fait attendre

Même si la France commence à prendre une place importante dans le marché de la bière artisanale, je trouve que la reconnaissance de ce travail se fait encore attendre.

Si l’on regarde le Top 100 des brasseries 2018 selon Ratebeer, aucune brasserie française n’apparaît.

Il peut y avoir plusieurs causes à ce résultat :

  • La non connaissance du marché français.
    Je suis sur plusieurs groupes Facebook d’amateurs étrangers de bières. Beaucoup limitent le savoir-faire français brassicole à nos bières commerciales (Kronenbourg).
  • Un marché encore jeune. Avant 2015, la tendance n’était pas à la bière artisanale. Il faut donc plusieurs années pour que le marché soit visible sur la scène internationale.
  • Des outils d’évaluation trop peu utilisés par les français.
    J’ai un compte Ratebeer, mais je ne l’utilise pas à chaque dégustation. Cet outil n’est pas encore entré dans les mœurs des testeurs français.
    Si l’on regarde le classement, les USA représentent les 3/4 des brasseries. Est-ce que leurs bières sont meilleures que les françaises ? Pas certain (du moins pas toutes).
    Donc les amis, mettez-vous à vos claviers et aidez les brasseries françaises à gagner en visibilité.
La bière artisanale française doit se faire connaître et c’est avec nos dégustations, nos partages qu’elle prendra la place qu’elle mérite sur le marché international.

La bière française prend de plus en plus de place. Le nombre de brasseries françaises est en augmentation depuis les années 2000 et connait un boom depuis 2015. Son nombre a doublé, ce qui permet d'apporter une réelle offre variée. D'ici 2020, le marché de la bière artisanale française représentera plus de 440 millions d'euros et n'est pas prêt de s'arrêter.
Un vent nouveau souffle sur les brasseries françaises. Que ce soit en terme de design ou de recettes, la France rattrape son retard, tout en cherchant à être présente sur le marché international. Malgré tout, la reconnaissance mondiale du savoir-faire français se fait attendre.

Ce qu'il faut retenir

  • 1400 brasseries françaises
  • Grand choix de bières françaises de qualité
  • Un nouveau souffle se fait sentir sur le marché de la bière française
  • La collaboration entre brasseurs permet de gagner en visibilité
  • La France est encore trop peu reconnue internationalement

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Si ce n’est pas déjà fait, pense à télécharger mon guide “Choisir et accorder sa bière à un plat en un clin d’oeil” pour aller plus loin.
A la prochaine pour un nouvel article et bonnes dégustations !

Cet article a 6 commentaires

  1. encore une fois c’est précis et très pertinent…
    Félicitation Damien !

    1. Merci Julien 🙂

  2. Salut, Interessant. Etant Belge c est dur de ne pas comparer ;-)) En Wallonie je pense qu il y a 125 Brasseries pour 3.585 Million d’ahabitants. Un Brasserie pour 28.680 habitants ! (chiffres a vérifier)

    Super blog 😉

    1. Merci Stéphane pour ton commentaire.
      Alors effectivement il faut que je regarde les chiffres de brasseries en Wallonies.
      Mais je pense que tu ne dois pas être loin de la vérité 🙂
      Bonne journée 🙂

  3. Très intéressant. Il serait pertinent d’analyser comment les différents climats de France peuvent faire évoluer les goûts de la boisson, comme avec le vin. Si il y a beaucoup de soleil la bière risque d’être plus amer, etc.. Enfin, s’il y a une corrélation bien entendu !

    Bon courage pour la suite de votre super blog !

    1. Merci Marvin pour ton commentaire.
      Effectivement, certaines variables vont modifier le goût. Ce sera surtout la conservation qui va modifier les goûts.
      N’hésite pas à lire cet article pour en découvrir plus :
      https://lebeartrotter.com/conserver-biere/
      Bonne journée 🙂

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